Obsolescence de l’organigramme fonctionnel

Notre société et la plus grande majorité des entreprises respectent une logique hiérarchique pyramidale. Au plus haut, le leader, nommé et seul responsable de la direction à suivre. Derrière, les managers, directeurs et autres fonctions secondaires dont l’autorité et les responsabilités  diminuent au fur et à mesure que l’on descend dans la structure.

C’est un modèle de bureaucratie classique inspiré du fonctionnement de l’armée romaine. Pendant longtemps, l’entreprise a été considérée en guerre contre ses concurrents, dans une lutte fratricide au nom des parts de marché. Nombreux sont ceux qui se sont inspirés de L’Art de la Guerre, de Sun Tzu, pour établir toute sorte de théories sur l’entreprise. C’est une vision classique de l’économie où les plus forts survivent et les plus faibles cèdent leur place dans une adaptation permanente et naturelle du marché.

Jusque là, rien de nouveau.

 

Une mathématique qui en dit beaucoup…

Mais, saviez-vous que, mathématiquement, l’organigramme fonctionnel est le moyen le plus efficace de relier toutes les parties prenantes… avec un minimum d’interaction ?! C’est une logique du sachant dominant, où l’information circule du haut vers le bas mais difficilement en sens inverse. Elle assure une diffusion descendante efficace mais empêche le retour d’expérience ou la remise en question des directives.

En cas de guerre, il est évident que c’est une structure efficace. Les ordres sont clairs, faciles à diffuser. Tout élan contestataire est isolé de fait car, sinon, il sèmerait le chaos dans les troupes alors que la victoire dépend de leur efficience et discipline.

En termes de management, une bataille est une situation de crise. Par conséquent, le style le plus adapté est le directif : un chef qualifié qui commande, les autres qui suivent sans broncher. Encore une fois, la structure pyramidale est idéale pour une armée.

Mais l’est-elle pour l’entreprise moderne ? Plus tellement.

 

Une logique pyramidale pour mon entreprise ? Peut-être pas…

La structure pyramidale est correctement adaptée à des systèmes qui exigent une exécution rapide et sans conteste des décisions, pour la production (et encore, Jean François Zobrist a bien prouvé le contraire) ou pour une approche de gestion des activités courantes. Mais le monde change… trop vite.

L’entreprise de 2015 se doit d’être agile. L’information doit circuler « top down » et « bottom up », dans un flux incessant favorisant l’adaptation permanente et la remise en question des stratégies.

Les grandes stratégies de masse aux investissements millionnaires sont de plus en plus lourdes et incertaines. Elles cèdent la place à une approche itérative, de type « trial and error », où les remontées d’information sont primordiales pour assurer les ajustements stratégiques qui mèneront au succès.

Les mutations sociétales et technologiques sont tellement rapides que l’intelligence du terrain devient aussi importante que les directives stratégiques venant du haut.

Les mutations sociétales et technologiques sont tellement rapides que l’intelligence du terrain devient aussi importante que les directives stratégiques venant du haut. L’adaptation permanente aux changements est aujourd’hui un critère de survie de l’entreprise.

La maturité de la société et les besoins des salariés ont radicalement changé depuis la révolution industrielle du XIXème, la logique structurelle de l’entreprise très peu. Les employés sont qualifiés, leurs besoins vitaux sont couverts et leurs désirs se concentrent sur le plus haut de la pyramide de Maslow. Les nouvelles générations sont plus en quête de sens que de solutions alimentaires. Elles exigent un management participatif, associatif, collaboratif ou délégatif et aborrent le directif, hormis en cas de crise ou d’apprentissage.

 

Survivre aux mutations, réinventer l’entreprise :

Pour toutes ces raisons, en bien d’autres encore (nous pourrions lister des dizaines), l’entreprise vit un changement de paradigme managérial. Il devient nécessaire de réinventer la logique structurelle pour survivre aux mutations sociétales, sociales et économiques. Depuis quelques années, la structure pyramidale est en berne et  petit à petit elle entame son dernier chapitre.

La transformation totale prendra, à mon sens, au moins une génération. La logique pyramidale est trop engrammée dans notre inconscient. D’ailleurs, opérer le changement en soi est le plus grand défi. Il exige plusieurs mois de réflexion, de discipline et de remise en question permanente. C’est un processus lent et complexe, qui flirte souvent avec la psychologie et la thérapie comportementale !

Même quand vous avez la chance de rentrer dans une structure fonctionnant déjà différemment, il vous faut des mois pour intégrer le changement de paradigme. Ainsi, les employés de Gore Tex vous diront qu’il faut environ 6 mois pour intégrer pleinement leur mode de fonctionnement. Certains n’y arrivent pas et quittent la structure pour revenir à des modus operandi plus traditionnels. C’est pour cette raison que l’on vous dit aussi « Chez Gore-tex, vous resterez 6 mois ou 20 ans ! ».

L’heure est venue de revoir la logique de nos entreprises, de nos modes de pensée. En ce qui me concerne, nous avons fait une minute de silence pour notre organigramme fonctionnel et nous sommes passés rapidement à autre chose. Le monde change et il n’attend pas. Nous sommes montés à bord d’un autre train. Espérons que ce soit le bon !

Et vous, êtes-vous prêt à changer votre logique d’entreprise ?

 

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